L'immobilité de l'accessibilité des transports en commun
Chemins de fer : Nouvelle gare de Liège, réactions d’un chaisard
Usager de fauteuil roulant et habitant Mouscron, je me rends régulièrement dans ma famille à Liège. J’avais hâte de descendre dans la nouvelle gare. Je m’attendais à pouvoir le faire sans aide : les quais seraient mis à niveau. Que nenni ! Aucune amélioration par rapport aux anciennes installations. C’est une belle occasion ratée alors que chacun sait que l’entrée de plain-pied amène de la clientèle fragilisée et accélère les opérations d’embarquement et de débarquement de tous.
L’ancienne gare des Guillemins datait des années soixante. Faites le compte : nous voilà repartis pour 50 ans. Merci beaucoup à la SNCB ainsi qu’aux politiques qui ont cautionné ce projet.
Attention, en matière d’accessibilité, je distingue l’efficacité du personnel de celle de l’infrastructure. Rien à dire du personnel qui est motivé et dont je remercie au passage l’amabilité. Hélas, la bonne volonté ne peut rien contre une infrastructure défaillante. Ainsi, nous avons été bloqués à Courtrai dans la correspondance du dernier train car on ne pouvait accéder au train suivant parce qu'un 3ème train occupait le passage piétonnier !
Est-ce que les décideurs voyagent de temps en temps en train ? Fréquentent-ils d’autres pays en vue d’y glaner de bonnes idées ?
Lors d’un récent voyage au Danemark, je fus stupéfait de voir des cyclistes entrer de plain-pied (sans se lever de selle !) dans le wagon de tête qui leur est réservé ainsi qu’aux voiturettes et poussettes. Ce qu’on a pu faire là-bas il y a plusieurs années, on ne peut toujours pas le faire ici des années plus tard.
A Liège, le débat a été monopolisé par l’aspect extérieur de cette gare et maintenant par l’aménagement de son environnement. Mais ce qui intéresse les gens, c’est la fonctionnalité et la rapidité d’utilisation. Et on ne constate aucun progrès pour les PMR.
Questions subsidiaires :
1. Combien aurait coûté en plus des quais ajustés à la hauteur des wagons ?
2. Quels sont les émoluments du concepteur et des décideurs ?
A plusieurs reprises, Euro-Liège-TGV a été interpellée sur le plan de l’accessibilité. Elle a sans cesse reporté les rencontres à plus tard. Elle a travaillé avec un service communal qui est sévèrement critiqué.
Certains s’indignent, vont interpeller la Ministre en charge. Croyez-vous réellement que l’on va maintenant faire les frais d’ajuster les quais ou de les équiper de dalles podotactiles ?
De plus, la porte-parole avance que sa société a suivi les directives européennes et que le CWATUPE a été observé. Elle a raison : ce qu’elle dit est presque vrai !
C’est l’hypocrisie et le cynisme suprêmes réunis car savez-vous que, juridiquement parlant, les gares doivent être accessibles mais pas les wagons. Eh oui, c’est bien connu, quand on va à la gare, c’est pour regarder partir les autres !
La SNCB a réussi, juridiquement, à se prémunir de toute obligation et à se revêtir du drap de la charité et de l’offrande paternaliste d’une accessibilité au rabais et ceci, je le répète, avec la complicité des politiques.
En effet, pendant des décennies et des décennies, les politiques ont donné des milliards et des milliards. Ils avaient donc une fameuse marge de négociation qu’ils n’ont pas utilisée !
La SNCB affecte à l’accessibilité des employés de gare, lorsqu'ils existent ! Quant aux transformations architecturales, elles sont essentiellement laissées de côté. (9 % des gares sont équipés d’ascenseurs ; à terme on disposera de 35 gares accessibles soit 16 % d’entre elles, donc + 7%, mais aucun engagement précis quant aux délais).
Annexe utile à lire : je signale que, de Mouscron à Liège, on dispose de trois possibilités de trajets avec un confort différent.
Tout d'abord, il faut savoir qu’un voituré doit, sous peine d’infection, se présenter aux toilettes toutes les 4 heures. Ceci est une prescription médicale, pas une invention de PMR en colère. Ceci, peu de gens le savent, mais voyez-vous, on n’ose même pas en parler, tellement on est à des années-lumière de ce niveau d’accessibilité.
En passant par Gand, un voituré peut entrer dans la partie assise et également aller aux toilettes.
En passant par Bruxelles, l’accès est possible aux places assises mais pas aux toilettes.
Et par Namur, pas d’accès aux places assises ni aux toilettes : on reste sur la plate-forme seul et séparé de son conjoint durant la totalité du trajet.
Autre innovation. Auparavant, vous aviez la possibilité de négocier l’heure de retour à la gare d’arrivée de votre trajet aller. Depuis peu, et afin de diminuer le nombre d’erreurs et d’oublis tant côté SNCB qu'usagers, un service centralisé a été instauré (tél. : 02 528 28 28). L’ennui c’est que depuis, on ne peut plus décider de rentrer une heure plus tard parce que l’ambiance est bonne, que la température est douce ou que le spectacle a pris une demi-heure de retard. Depuis lors, vous devez aussi décider, dès la réservation, de votre heure de retour. Et une contrainte de plus !
Ce sont des conditions de voyage que l’on n’ose pas proposer aux valides mais que les PMR voiturées doivent accepter…
Les métro et tram bruxellois
Peu de stations sont accessibles dans le centre ville. La STIB a une politique de mise en accessibilité mais les stations qui sont améliorées sur le plan de l’accessibilité sont majoritairement à l’écart du centre. Pourquoi ? Parce que les stations anciennes autorisent difficilement (architecture et finances) les modifications nécessaires, souhaitées et souhaitables pour une ville d’envergure régionale, nationale et internationale.
Or, la grosse concentration des organismes, des ministères, des administrations et des centres d’intérêts touristiques se trouve dans l’hyper-centre et l’utilité des stations adaptées excentrées s’amenuise considérablement.
Que voit-on dans les stations de métro ? Des murs intérieurs parés de revêtements coûteux (marbre, etc.) et de monumentales œuvres d’art. Ne venez pas dire de façon primaire que je suis contre l’art. Je sais que tout projet implique des choix financiers. Mais à Bruxelles, c’est un pur choix d’image qui a été adopté. A la même époque, le métro de Lille (début des années 80) comptait dès le départ plus de 60 stations, toutes accessibles.
Merci aux hommes politiques et aux concepteurs qui ont accepté qu’une partie de la population ne puisse utiliser cet équipement et ce depuis 30 ans.
Le retard acquis est irrattrapable !
Les TEC
J’apprends que l’on remet le couvert avec des lames manuelles.
Nous avions testé peu après l’inauguration de la ligne de bus adaptée Jemappes-Mons (en 2002) un bus équipé d’une lame manuelle. Destinées aux PMR à problèmes moteurs, elles se sont avérées absolument inutilisables car elles nécessitent un accompagnant totalement valide pour une suite d’opérations salissantes, lourdes et lentes. Un avis précis et circonstancié de soixante lignes à propos de ces manipulations avait été envoyé au Ministre de l’époque.
Décembre 2005 voit se tenir le colloque de l’ACIH (actuellement ALTEO) sur ce thème à l’AWIPH de Charleroi. Le secrétaire de cette association, dans sa conclusion, rejette explicitement, lui aussi, la solution des lames manuelles.
Je ne comprends pas pourquoi on ressert une solution unanimement rejetée par les utilisateurs. La direction compétente est au courant de cette position maintes fois exprimée. Elle persévère dans ce choix inutile et croit donner l’impression que quelque chose est fait, en fait des cacahuètes.
C’est de l’argent inutile, littéralement gaspillé et jeté par les fenêtres, dans ce cas-ci, sur les routes.
Et en plus, on ne pourra toujours pas utiliser ces bus...
Nous distinguons bien la politique des TEC du travail de la SRWT (Namur, Madame Aline Verbiest, responsable de projet de mise en accessibilité des arrêts) chargée de l’infrastructure et qui réalise un travail professionnel en concertation continue avec certaines associations. On ne peut que déplorer le nombre total de lignes de bus accessibles : 6 pour la totalité de la Wallonie.
Conclusions à propos de la (im)mobilité de l’accessibilité des moyens de transport
Des PMR font part de leurs besoins, s’investissent en temps, se déplacent dans maints colloques et réunions. Elles sont représentées par des associations apparemment reconnues comme interlocuteurs.
Pourquoi leurs avis ne sont-ils pas suivis par les politiques et les concepteurs ? Parfois, on n’est même pas au niveau d’un accord partiel. Il s’agit d’une ignorance décidée.
A quel niveau posent-ils le débat, non zut, leur intérêt : esthétique, image, grandeur, nom gravé sur une plaque, photos souriantes dans les gazettes ?
Voici trois exemples et trois ratages à propos d’une option fondamentale de société !
Les PMR sont à même de comprendre que certaines solutions sont trop coûteuses ou impossibles à installer. Hélas, il n’y a aucun retour de communication. On ne sait pas pourquoi tel choix a été fait, pourquoi tel autre n’a pas été retenu. Mieux, on vous demande de venir poser devant le journaliste afin de cautionner un travail incomplet, en fait, une offrande paternaliste.
Au delà de l’intégration d’une catégorie de personnes, c’est le sens profond de notre organisation sociétale qui est posé. La démocratie n’est pas un donné, un acquis pour toujours. C’est un système qui se construit de façon continue chaque jour. Il implique et la participation du citoyen et le suivi des problèmes par le politique (hors propositions démagogiques). Et dans ce domaine précis, on ne peut pas dire que, du côté des citoyens, il n’y a pas eu participation.
Dès lors le lieu du problème est clairement situé. Continuez de la sorte , Messieurs… Il y a gros à parier que lors des prochaines élections, une part significative de la population ne se déplacera pas pour voter. Et ceci n’est pas une incitation à l’incivisme : ce n’est que le report de moult avis entendus.
On n’y croit plus. On n’écoute plus les promesses. On attend non des paroles mais des faits.
François Schiltz
04/08/2008
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