L'action en collectif pour renforcer les associations et coordonner les demandes
Version texte du support d'intervention de M. Silvestre lors du colloque "Transports" au salon Autonomies 2008
Collectif mobilité Liège-Verviers
Texte préparé en vue d'une communication au colloque « Des transports actuels aux transports pour tous »
Liège, 22/02/2008
Intitulé de l'exposé : L'action en collectif pour renforcer les associations et coordonner les demandes
La mobilité, le nœud de la vie sociale
Se déplacer, une nécessité pour toute activité sociale: comment s'instruire, travailler, se divertir, s'approvisionner, entretenir des contacts sociaux et familiaux sans se déplacer ? Le collectif Mobilité Liège-Verviers apporte sa pierre pour faire tomber les obstacles que rencontrent encore trop souvent les personnes à mobilité réduite.
Un collectif, pourquoi, pour qui ?
Créé fin 2005 à Liège, le collectif d'associations de personnes handicapées a travaillé - et travaille encore - tant sur l'amélioration des services de déplacements de porte à porte qu'à l'adaptation des transports public par routes.
Notre collectif n'a ni charte, ni règlement de fonctionnement. Toutes les associations prêtes à s'y investir sont les bienvenues. Les plus actives en ce moment sont Gamah, Altéo, l'Amicale liégeoise des Handicapés, la Ligue de la Sclérose en Plaques, l'ASPH, le Télé Service de Liège. D'autres associations se tiennent régulièrement informées. Elles sont en permanence susceptibles de s'intégrer aux débats.
Les contours du collectif sont donc relativement flous, ce qui lui donne l'avantage de travailler avec grande souplesse. Toutefois, lorsqu'il s'agit de prendre position publiquement, il est indispensable que chaque partenaire marque officiellement son adhésion.
Au niveau de la Région wallonne, le collectif Liège-Verviers travaille en étroite collaboration avec le CAWaB (Collectif Accessibilité Wallonie-Bruxelles). Le CAWaB a non seulement un fonctionnement beaucoup plus formalisé que le collectif liégeois. Il a aussi une vision beaucoup plus globale, intégrant l'analyse des divers modes de déplacement (du piéton à l'avion) et tous les aspects de l'accessibilité des infrastructures fixes.
Quels sont les avantages du collectif ?
Travailler en collectif a 3 avantages :
1. Tout d'abord, la représentativité des personnes à mobilité réduite est difficilement contestable.
2. Ensuite, les débats ont eu lieu avant de se présenter devant les décideurs, ce qui force les associations à structurer leurs revendications.
3. Enfin, le collectif offre aux pouvoirs publics un interlocuteur unique évitant ainsi la multiplication des contacts.
La représentativité
La plupart des associations de la région font partie du collectif et celles qui n'en font pas partie restent les bienvenues. En réunissant des personnes de diverses provenance, les positions adoptées par le collectif tiennent compte des spécificités des différentes catégories de personnes handicapées: les chaisards et les personnes avec handicap moteur, les personnes en difficulté d'orientation, de communication et d'élocution (cette catégorie regroupent ainsi toutes les difficultés générées par la déficience mentale, l'aphasie et l'autisme, les personnes avec handicap sensoriel (aveugles et amblyopes - sourds et mal entendants), les personnes fragilisées par l'âge ou la maladie, ainsi que les personnes qui subissent une perte de mobilité momentanée.
Un lieu de débats
Chacun arrive aux réunions du collectif avec ses propres idées, suggestions, schéma de pensée… Le collectif constitue un lieu de débat où les positions de chacun se frottent entre elles pour parvenir, dans la plupart des cas, à un consensus. Prenons quelques exemples: Faut-il adapter en priorité les lignes de bus qui conduisent aux grands hôpitaux de la région ou faut-il favoriser l'accès aux centres commerciaux ? Faut-il adapter partiellement un grand nombre de lignes ou adapter totalement un nombre de lignes plus restreint? Faut-il accorder une priorité à certaines catégories de personnes pour bénéficier du transport de porte à porte? Des débats sortent des positions structurées et argumentées. Ainsi structurées et argumentées, les positions sont beaucoup plus crédibles lorsqu'il s'agit de s'adresser aux autorités.
Un interlocuteur unique
Tant le pouvoir politique que les services publics apprécient le fait d'avoir un nombre d'interlocuteurs restreint. On a vu ainsi le TEC orienter certaines associations vers le collectif plutôt que de répondre en direct. Le TEC demande même que, pour certains projets, nous désignons un interlocuteur unique. C'est le cas pour la formation des nouveaux chauffeurs où le service Access+ (Ville de Liège) assure ce rôle.
Imaginons un instant que le collectif n'ait pas vu le jour… Chaque association tenterait de faire valoir ses positions propres ; celle-ci s'appuierait sur une représentativité limitée, elles seraient peut-être divergentes par rapport à ce que d'autres associations avancent et les pouvoirs publics auraient une multitude d'interlocuteurs…
Pour moi, travailler en collectif, cela renforce chaque association. Le secteur associatif en sort grandi et, par voie de conséquence, la cause que nous défendons en sort également renforcée.
Implications du travail en réseau
"Réseau", voilà aujourd'hui un mot qui s'entend sur toutes les lèvres. Mais est-ce autre chose qu'une mode ?
Dans le paysage associatif, chaque association se reconnaît par ses spécificités : certaines rassemblent des personnes handicapées pour leur proposer des activités de loisirs, d'autres ont un travail de recherche et de sensibilisation ; Certaines sont spécifiques à tel type de pathologie, d'autres se présentent comme généralistes ; Les unes ont une vision pointues, les autres ont une vision globale ; Certaines sont prestataires de services, d'autres travaillent dans le cadre de l'éducation permanente... Et dans cette typologie, rares sont les associations qui ne touchent qu'à une chose. Enfin, certaines associations ne reposent que sur l'implication de bénévoles tandis que d'autres peuvent compter sur un staff de professionnels.
Mais au-delà de ces spécificités, l'expérience nous démontre que les associations ont bien plus de points communs que de divergences. Les points communs, c'est le ciment du collectif. Ceci dit, le succès du collectif repose également sur quelques règles de base assez simples.
Quelques balises pour réussir un collectif :
1. Ne jamais engager le collectif sans l'accord des partenaires. Cette règle est d'autant plus valable si l'engagement est public. Dans la mesure où les contours du collectif sont flous, ce qui est le cas du collectif de Liège-Verviers, les différentes associations doivent marquer formellement leur adhésion dès qu'il y a prise de position publique.
2. La concertation entre associations, cela prend du temps. Lorsqu'une association seule prend position, la concertation n'est qu'interne. Dès que les partenaires se multiplie, il faut tenir compte du temps nécessaire pour mener les débats, trouver des consensus et s'assurer de l'accord des instances respectives avant de finaliser une action ou une démarche officielle en collectif.
3. Respecter les engagements de chacun. Lorsqu'un partenaire s'engage à effectuer des démarches, il ne faut pas vouloir interférer. Le succès du collectif dépend de la confiance que les partenaires ont les uns dans les autres.
4. Respecter le degré d'investissement de chacun. Les associations participent au collectif de manière très inégale, soit en raison de leurs moyens humain et logistiques, soit en fonction de leur choix. L'action en collectif n'aura de succès que si chacun accepte cette disparité.
5. Ne jamais tenter de récupérer à son propre profit la paternité d'une idée, d'une action, d'une démarche. Le collectif fonctionne si chacun (à l'intérieur de la structure comme à l'extérieur) identifie bien qui fait quoi : qu'est-ce qui se fait au nom du collectif, qu'est-ce qui se fait au nom d'une association ? Il va de soi que les démarches de chaque partenaire doivent respecter les engagements du collectif : ni double jeu, ni récupération, ni discrédit à l'égard d'un partenaire… C'est une question de cohésion.
6. Faire circuler l'information. Il s'agit encore d'une règle majeure : diffuser l'information disponible sans délai permet d'entretenir le climat de confiance qui assure la cohésion du collectif.
7. Prévoir une coordination. Enfin, le collectif a besoin d'une personne qui assure l'animation des réunions et qui se préoccupe du suivi des décisions.
Les mots clefs sont donc "cohésion", "confiance", "respect"…
Et concrètement, qu'a pu réaliser le collectif Liège-Verviers depuis fin 2005 ?
Le collectif mobilité Liège - Verviers a tout d'abord mis sur pied une action en juin 2006 pour marquer, à l'occasion du 10ème anniversaire du service bus 105, l'insatisfaction des usagers. Le bus 105 assure, à la demande, le transport de porte à porte en véhicule adapté. Les faiblesses du système ne sont que trop bien connues des personnes handicapées : lourdeurs dans le traitement des demandes et des confirmations de prise en charge, ordre de priorités d'accès contestable, limitation des zones couvertes et des horaires de fonctionnement.
Le service 105 a été créé en 1996. En 1999, le gouvernement régional a proposé à plusieurs associations qui assuraient déjà du transport de porte à porte en véhicule adapté de passer des conventions avec la Région afin de pérenniser le transport et de le rendre accessible financièrement.
Depuis l'action de juin 2006, une amélioration se met en place : le gouvernement a augmenté les subventions aux associations qui assurent des déplacements de porte à porte (Bon Pied Bon œil, Télé-Service Liège, Télé-Entraide…). Malheureusement, il s'agit d'une subvention par kilomètre parcouru qui ne permet pas de prendre en charge l'ensemble des frais de fonctionnement (totalité du traitement du personnel, achat et adaptation des véhicules…). Le collectif a encore du pain sur la planche : une action pour attirer l'attention du ministre régional de la mobilité est d'ailleurs programmée le 28 avril.
Pour nos associations, l'amélioration du transport de porte à porte et l'amélioration des transports en commun doivent être considérés comme des objectifs parallèles. L'un comme l'autre offre une solution adaptée à des besoins spécifiques, voire complémentaires. A l'heure où l'on parle de plus en plus de multimodalité, toute mesure doit être envisagée en connexion avec le réseau.
Par la suite, le collectif s'est ainsi davantage consacré à l'adaptation des lignes de bus "tout public".
Le collectif parti de Liège-Verviers s'est ainsi étendu à l'ensemble de la Wallonie. Il a remis au ministre André Antoine, en janvier 2007, une liste de lignes à adapter en priorité. Pour la province de Liège, le collectif a choisi les lignes 26 (Liège - Angleur) 38b (Liège - Verviers via Fléron et Herve), 70 (Liège - Liers), 75 (Liège - Oreye), 702 dans l'agglomération verviétoise et 103 à Huy. Une liste semblable a été confectionnée pour les agglomérations de Namur, Charleroi, Mons et Arlon, ainsi que pour certaines liaisons interurbaines. Nos choix tiennent compte des services, administrations, écoles, centres de loisirs, hôpitaux, commerces situés à proximité, ainsi que des zones fortement peuplées et des connexions possibles avec d'autres moyens de transport public. A ce niveau, nous évoquons par moment des connexions avec des infrastructures inaccessibles actuellement aux PMR comme la gare du Palais ou la plupart des lignes de bus. Notre liste doit être considérée avec un regard prospectif. Ces infrastructures seront tôt ou tard adaptées.
Il faut savoir que certaines lignes régulières sont annoncées comme accessibles aux PMR : 3 dans l'agglomération liégeoise, une à Namur et Une à Mons. Toutefois, tant les associations que les opérateurs du transport public s'accordent sur la constatation suivante : l'accès aux bus n'est pas fiable, essentiellement pour des raisons liées au matériel. Peu confiantes dans le système, les personnes handicapées elles-mêmes expriment des réticences à utiliser le service. Nos associations doivent encore mener une action de démystification de l'utilisation des bus, démystification qui serait grandement facilitée si le service était plus fiable.
Malgré ces "maladies de jeunesse", nos associations tiennent à maintenir la pression sur les pouvoirs publics pour faire en sorte que les transports en commun soient accessibles sans discrimination. Précisons que notre action doit s'apprécier sur le long terme. En effet, à terme, l'ensemble du réseau de transport en commun doit être adapté : tous les véhicules et tous les arrêts. Une directive de l'Union européenne de 2001 l'impose. Il faut cependant savoir qu'un bus est en service durant une quinzaine d'années. Malheureusement, le système d'embarquement actuellement installé sur la plupart des nouveaux bus n'est pas satisfaisant. Ils sont équipés d'une lame manuelle qui requiert une manipulation assez lourde. Quant aux bus équipés de lame électronique, le système d'embarquement manque cruellement de fiabilité, soit que le chauffeur n'en connaisse pas le maniement, soit que le système soit défectueux.
Suite aux demandes exprimées en janvier, le cabinet du Ministre wallon de la mobilité, en concertation avec la SRWT (Société régionale wallonne du Transport) et les TEC, a demandé aux associations liégeoises de dire quelles seraient leurs priorités en matière d'adaptation d'arrêts le long des lignes 70, 71 et 75, c'est-à-dire les connexions de Liège avec Rocourt et Liers, avec Vottem et Milmort et avec Ans, Hognoul et Oreye. Notre collectif a ainsi organisé deux réunions, le 30 août 2007 à Hognoul et le 17 septembre à Vottem afin de consulter les usagers potentiels. Le rapport rédigé suite à cette consultation a été transmis au nom du CAWaB aux autorités régionales. La SRWT vient de nous annoncé, il y a moins d'un mois, que les investissements nécessaires sont programmés.
Qu'est-ce qu'un arrêt accessible ?
En Wallonie, il répond aujourd'hui à 3 critères précis :
- Hauteur du quai d’embarquement par rapport à la chaussée : 16 cm ;
- Largeur du quai : 2,40 m (zone de déploiement de la rampe et zone de rotation) ;
- Éléments podotactiles : stries et dalles en caoutchouc face à la porte d’embarquement.
Tant qu'à présent la SRWT aménage les arrêts "plic ploc", un saupoudrage qui devrait lui permettre d'adapter les quelques 36.000 arrêts de Wallonie dans un délai de plusieurs dizaines d'années... Heureusement, le ministre de la mobilité s'oriente maintenant vers l'adaptation de lignes complètes, ce qui signifie que la SRWT devra être plus systématique dans l'aménagement des arrêts. La volonté du pouvoir politique est d'adapter au minimum une ligne par société TEC et par an. Il y en a 5 en Wallonie : TEC Hainaut, TEC Charleroi, TEC Namur-Luxembourg, TEC Liège-Verviers et TEC Brabant wallon.
Pour la région liégeoise où les lignes 4, 17 et 18 sont déjà adaptées, les nouvelles sont bonnes : on nous annonce l'adaptation prochaine du 48. De plus, on vient de l'apprendre, des crédits sont prévus pour l'adaptation des lignes 70, 71 et 75. Peut-on imaginer que l'action du collectif n'est pas étrangère à ces progrès ?
Affaire à suivre !
Gérard Silvestre
(19/02/2008)
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