Logement : adoptons l'adaptable !
Compte-rendu de la conférence de M. Louis-Pierre Grosbois à Liège.
Le 7 février dernier, la Ville de Liège organisait, en collaboration avec Gamah, un colloque sur le logement adaptable. Le public est venu en nombre pour écouter l'exposé de Louis-Pierre Grosbois, architecte français, ancien professeur à l'École Nationale d'Architecture de Paris-La-Villette et auteur du livre "Handicap et Construction" (9ème édition).
Pour les absents, voici un petit aperçu des éléments présentés par M. Grosbois lors de son intervention intitulée "L'habitat adaptable : une réponse à la diversité humaine".
M. Grosbois |
Assistance |
Colloque
L'architecture doit s'adapter aux différences anthropométriques des individus et à tous les âges de la vie
Nous pouvons faire le constat qu'un individu n'est pas identique à un autre et qu'il ne reste pas identique à lui-même dans le temps. Or, trop souvent, l'architecture se base sur l'individu valide de taille moyenne, plaçant ainsi les autres individus en situation de handicap. Face à la diversité humaine, l'architecture doit être adaptable, évolutive et transformable.
Le principe d'adaptabilité du logement
Le principe de logement adaptable n'est pas neuf. Il est énoncé pour la première fois par l'Organisation des Nations Unies dans une résolution du 8 juin 1974 qui stipule que, pour permettre le libre choix, il est recommandé de construire des logements adaptables. Un logement est adaptable s'il est accessible et s'il peut être modifié au moindre coût pour les besoins de la personne en fauteuil roulant. Ce type de logement conviendra également aux personnes âgées qui pourront dès lors rester plus longtemps dans leur habitation au lieu de séjourner dans les hôpitaux ou les maisons de retraite.
Si le principe est relativement ancien, il n'est jusqu'à présent que peu appliqué. Pourtant, l'espérance de vie ne cesse de grimper et il manque cruellement de logements pour accueillir les personnes âgées et handicapées.
L'importance de la programmation de l'usage
Usuellement, on ne programme pas l'utilisation des espaces dans les logements. Leur organisation est considérée comme binaire. D'un côté, le coin jour (cuisine, séjour...) et de l'autre le coin nuit (chambre, salle d'eau...). Pourtant, cette manière conventionnelle de construire des logements ne convient pas à tous les âges de la vie, comme a pu le constater M. Grosbois dans son projet d'intégration d'une résidence pour personnes âgées dans un immeuble d'habitat social.
En s'entretenant avec des personnes âgées, il a pu constater qu'au même âge, un senior pouvait être valide, se déplacer avec une canne ou en chaise roulante, avoir des déficiences sensorielles ou bien encore être grabataire ou désorientée. Il n'y a donc pas de personnes âgées types. Par contre, les conséquences du vieillissement sur l'aménagement du logement sont communes à tous. En effet, en passant du stade de l'indépendance à la dépendance, la vie quotidienne de la personne se recentre autour de l'espace du lit. Elle souhaite alors profiter d'une vue sur l'ensemble de son logement et sur l'extérieur depuis son lit. Les logements doivent donc tenir compte de cette évolution.
Exemple d'intégration d'une résidence pour personnes âgées dans un immeuble d'habitat social
Les premiers critères à avoir été pris en compte dans ce projet sont l'accessibilité et la sécurité incendie.
Pour permettre l'évacuation facile des personnes âgées et handicapées, l'immeuble ne comporte que deux étages (hauteur maximale de l'échelle des pompiers) et une galerie extérieure dessert l'ensemble des logements qui sont organisés autour d'une cour.
![]() La résidence |
![]() La cour |
L'immeuble étant construit sur plusieurs niveaux, l'accessibilité verticale se fait par un ascenseur panoramique (pour pallier à la claustrophobie) mais aussi par un escalier confortable (marches contrastées, mains-courantes, lumière naturelle...).
Les appartements destinés aux personnes âgées peuvent s'adapter à leurs différents états : l'indépendance ou la dépendance. En une journée, les cloisons séparant la chambre et le séjour peuvent être montés ou démontés à un prix forfaitaire. Lorsqu'elles sont démontées, ces cloisons sont stockées dans l'immeuble. La cloison entre le WC et la salle d'eau peut également être démontée alors que la douche est de plain-pied. La loggia est assez grande pour permettre son accès à une personne en chaise roulante.
![]() Un appartement |
![]() Escalier adapté |
Pour cette réalisation, M. Grosbois a appliqué les principes de la conception universelle. Un tel projet présente plusieurs avantages :
- un avantage pour la vie et la cohésion sociale dans l'immeuble et dans le quartier
- un avantage pour l'adaptation aux situations de la vie de chacun, dans l'appartement et dans l'immeuble
- une maîtrise de cette adaptation dans le cadre du financement de l'habitat social
Avec une programmation approfondie des exigences humaines, les formes prolongent les usages et l'architecture complète la vie.
Consultez maintenant notre dossier thématique sur le logement adaptable
9e édition de Handicap et Construction
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L'ouvrage "Handicap et Construction" de Pierre-Louis Grosbois, est LA référence incontournable en termes de conception et d'aménagement de bâtiments accessibles à tous. Témoignage de son vif succès, le livre en est déjà à sa 9e édition. Cette dernière, largement étoffée, tient compte des dernières normes et des arrêtés français récents. Elle intègre également de nouveaux détails et dessins concernant les systèmes de déplacement innovants ainsi que, notamment, l'aménagement de salles d'eau. Un aide-mémoire vient également désormais compléter les 500 pages de ce guide. |
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