L’assistance SNCB : il faut le voir pour le croire !
Récit d'un voyage en train...
Si vous êtes à mobilité réduite et que vous avez besoin d’assistance pour prendre le train, en Belgique, vous devez réserver minimum 24 heures à l’avance. Donc, si vous êtes en chaise, étant donné que les trains ne sont pas accessibles en autonomie, vous avez obligatoirement besoin d’assistance. Et c’est là que ça commence…
Parabole de l’aveugle et de la paralytique
Acte 1 : départ
Par un bel après-midi de printemps, Sarah (la paralytique) et Vincent (l’aveugle) s’en viennent par devant le comptoir d’accueil de la gare de Liège dans le but avoué (et réservé 8 jours à l’avance d’ailleurs) de se rendre en France par le cheval de fer.
- Oyé brave guichetier, pouvons-nous avoir l’assistance réservée ?
Perplexe, l’homme en question scrute son carnet.
- Ah mais non ma brave dame, ce n’est pas possible, vous n’êtes pas dans mon carnet.
- Ça je sais, dit la paralytique, je suis sur ma chaise ! Et ce n’est pas parce que je ne suis pas dans votre carnet que je ne vais pas prendre le train ! A propos, nous revenons de croisade dans 2 jours, suis-je dans votre carnet pour ce retour ?
Ravi, l’homme s’exclame : Oui ! Madame Sarah, c’est ça ?
- Exact ! Et donc, pour revenir vendredi, faut bien que je parte non ?
Coincé, le gentil page appelle deux valeureux écuyers qui, sans aucun problème, monteront Sarah dans le train et vérifieront que Vincent a bien suivi.
Acte 2 : changement de train à Bruxelles
Et bien, vous allez être étonnés : tout s’est bien passé et notre couple infernal se retrouve dans le TGV lancé à toute allure à la conquête du grand Sud.
Acte 3 : Lyon
Les portes du train s’ouvrent, les passagers descendent, le suspense est à son comble… l’assistance sera-t-elle là ? D’autre part, si elle n’est pas là, un petit séjour à Marseille (la destination du train) ne serait pas pour déplaire. Et c’est un accent chantant qui prévient :
- Ne bougez pas Madame, nous plaçons la rampe puis vous pourrez sortir.
Avant de quitter la gare, Sarah se renseigne des formalités de départ.
- Soyez là 20 minutes à l’avance et nous vous mettrons dans le train que vous voulez.
L’aveugle et la paralytique se regardent et n’en croient pas leurs oreilles. Où est la caméra cachée ?
Deux jours plus tard, voulant prendre ces Français à leur propre jeu, le couple se présente non pas 20 minutes à l’avance mais tout juste 15 ! Quel vice ! A peine la porte du bureau d’accueil franchie, raisonne un : bonjour madame, bonjour monsieur, je suppose que vous êtes les passagers du 15h26 pour Bruxelles ?
Médusée, Sarah tente : oui, et ça va être possible ? Vous n’avez pas regardé dans votre carnet ?
- Pas de problème, nous sommes là pour ça et vous allez l’avoir votre train.
Et en effet, 10 minutes plus tard, les croisés galopaient à toute vapeur vers Bruxelles.
Acte 4 : Bruxelles
Les portes du train s’ouvrent, les passagers descendent, le suspense est à son comble… l’assistance sera-t-elle là ?
Le quai se vide et le silence s’installe… Heureusement, c’est le terminus du train.
L’aveugle descend pour faire du repérage. Mais pas trop loin car il craint tout de même que le TGV ne reparte à Marseille avec Sarah dedans ! C’est donc un pied sur le quai et l’autre sur la marche du train qu’il tente de se faire remarquer par un éventuel agent SNCB.
Après 10 minutes, un bruit de pas de course se fait entendre. Le contrôleur (français) arrive : Vous avez besoin d’aide Monsieur ?
- Pas tellement moi mais plutôt elle, dit-il en désignant l’intérieur du train.
D’un coup d’œil, l’homme prend la mesure de la situation et déclare : Bienvenue en Belgique !
Sur ce, il repart au pas de course à la recherche d’agents SNCB, race en voie d’extinction semble-t-il.
10 autres minutes repassent et revoilà notre homme toujours alerte mais… seul.
- Ils sont trop occupés, va falloir porter Madame.
Madame, qui en a marre de rester là et qui doit d’ailleurs attraper un train pour Liège se laisse faire et retrouve le plancher des vaches en 2 temps, 3 mouvements. Quelle efficacité ces Français !
Un peu à contre cœur, le couple abandonne le train et le contrôleur auquel il s’était malgré tout un peu attaché et s’en va à la recherche de cette assistance trop occupée.
Dans le hall de gare, des voix aux forts accents bruxellois et vapeurs alcoolisées éructent :
- C’est vous qui devez descendre du train et aller à Liège ?
- Pour la descente, c’est fait, dit Sarah, reste la montée dans le train de 19h58.
- Pas celui de 58, dit ce que le couple pense être un agent SNCB, il y a un train pour Liège là tout de suite voie 4.
- OK, mais nous, on n’a pas réservé dans celui-là et on risque de ne pas nous attendre à Liège.
- Oui mais nous, c’est pas notre problème, quand on a des z’handicapés, on les met dans le premier train qui passe.
Et voici la fine équipe dans l’ascenseur de la voie 4. Vincent tente : nous venons de la voie 4 et donc, le TGV est toujours dessus.
- Vous tracassez pas, il va se bouger. Et, dans son talkie-walkie, l’homme dicte : allô la base, j’ai une chaise et un aveugle ici, on va les droper dans le 19h34 pour Liège.
Arrivés voie 4, le TGV n’a pas vraiment l’air de vouloir céder sa place…
Une annonce micro dit : Le train pour Liège entre en gare voie 6.
- Nom de d…, clament les agents, se foutent du monde, on n’a pas que ça à faire, on a du boulot.
Cavalcade dans les ascenseurs et re-talkie-walkie : on change de quai pour la chaise et l’aveugle
- personne, interrompt Sarah
- quoi ?, dit le spécimen
- une personne en chaise et pas une chaise !
Dans le talkie : une personne en chaise et un aveugle.
- personne, redit Sarah
- quoi ?, redit le spécimen
- une personne aveugle !
Dans le talkie : une chaise et une personne aveugle.
Dépités, Sarah et Vincent se retrouvent sur le quai juste au moment où le train arrive.
La rampe est installée et hop, Sarah est sur la plateforme du train. Seulement, la porte pour entrer dans le compartiment est trop étroite et ne permet pas de laisser passer la chaise… Un sourire malicieux se dessine sur le visage de la paralytique qui déclare :
- Moi, je ne voyage pas sur la plateforme du train. J’avais réservé dans l’autre qui est plus moderne et qui me permet de m’installer en sécurité. Descendez-moi !
Ça, les agents SNCB, ils ne s’y attendaient pas.
- Là, faut voir avec le chef.
- Et bien, appelez-le votre chef !
- C’est que le train, faudrait qu’il parte.
- Moi, dit-elle, je ne bouge pas d’ici (évidemment) tant que le chef n’est pas là.
Deux minutes plus tard, le chef était là, on redescendait Sarah sur le quai et le train partait.
- Sur ce, dit Vincent, on va aller boire un coup avant notre train de 58. On se retrouve sur le quai.
- Vous voulez qu’on vous montre où sont les bistros ?, clament les zozos
La suite est moins drôle, le couple fut embarqué dans le train et, Ô miracle, attendu à Liège !
Moralité
Si tu veux voyager avec la SNCB, arme-toi de sérénité !
Vincent Snoeck
Mai 2009
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